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Né en France, vit et travaille à Bruxelles.

Les pratiques artistiques de Lise Duclaux sont difficiles à circonscrire, tant elles s’entremêlent, épousent des temporalités, traversent des univers, empruntent aux disciplines scientifiques, créent des microcosmes et pourtant, échappent à la systématisation de la pensée et de la représentation. La notion de flâneur, codifiée par Walter Benjamin, reprend la figure de l’artiste, de l’observateur croquant son temps et ses moeurs, et se recoupe, dans une certaine mesure, avec la posture de Lise Duclaux. On y retrouve l’idée de l’attention et l’intentionnalité du sujet pensant, extrait de la masse, mais cultivant le plaisir de s’y fondre simultanément. Lise Duclaux élabore des tactiques et détourne des savoir-faire propres aux sciences humaines et aux sciences dure. L’image du braconnier sied à sa démarche artistique. Sa pluralité des voix s’exprime par le jardinage, les promenades, le dessin, la photographie, des mots glaner au fils des lectures, l’écriture, la composition typographique, la performance. L’usage de l’inventaire et de la cartographie revient régulièrement dans son travail. Alors que ses techniques impliquent une mise à distance et donc une objectivation du monde, l’artiste nous dit qu’on ne peut pas parler d’une chose sans évoquer le rapport de cette chose à soi, et le rapport de soi au temps à travers la chose. Son art élabore une science du désordre et du transitoire, critique et insoumis à toute systématisation qui ne passerait justement pas par une expérience subjective. La flore est explorée comme une allégorie de la société, de son rapport à l’Autre, cet inconnu. Interroger les éléments de la nature indomptés, marginalisés, tout comme ceux doués de vertus réparatrices crée un microcosme social. On assiste à la création d’un territoire de la pensée dans lequel un premier degré de réflexivité interroge notre propre rapport au temps face à notre manière de considérer les buts individuel ou collectif : «ne pas perdre de temps» (c’est-à-dire?), «aller droit au but» (mais lequel?). Le soucis d’efficacité et de rentabilité intimement épongé dans notre individu influence l’exercice de notre pensée qui témoigne ainsi d’un rapport au temps conflictuel. La réception du travail par le public fait partie intégrante de l’œuvre plastique de l’artiste. Elle se compose de plusieurs temps pour le spectateur (manipulation de certains objets, (…) l’écoute/la visualisation d’une intervention de l’artiste dans l’espace d’exposition). La dynamique du pli fournit une expression adéquate aux mouvements perpétuels développés par Lise Duclaux. Le pli est ce « va-et-vient » entre expérience sensible et pensée. La parole et le geste ne sont pas rapporteurs, ils deviennent support d’une production orale (empreinte de poésie, d’imaginaire et de joie). La pratique artistique décrit tout aussi bien un acte singulier qu’un modèle collectif d’attitudes pour occuper poétiquement et construire singulièrement le monde, avec pour centre le fait que la conscience de nous-même ne fait qu’un avec l’expérience interne du temps.

Extraits du texte Quand le temps élargit l’espace – la démarche exploratoire de lise duclaux, de Anna Ozanne publié dans la revue facettes n°3, 2017

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Lise Duclaux s’immisce dans nos manières d’être, de regarder et de comprendre ce qui nous entoure. Le choix du vivant est sa matière première, elle cultive et regarde en toute simplicité la vie et s’applique à en saisir la dynamique poétique et précaire.

Elle tente de se rapprocher de tout ce qui a une forme et vagabonde à la surface du quotidien.

Il y a dans nos jardins – dans nos représentations – des choses souterraines qui échappent à nos regards. Il y a dans notre quotidien des singularités qui échappent à nos habitudes de penser. Car notre regard, continuellement envahi par des clichés formatés, finit par ne plus rien voir.

Lise Duclaux chahute ces colonisateurs tenaces. Pour ré-enchanter le monde elle se munit de science et de poésie… Elle obscurcit l’ordinaire en le rendant à nouveau mystérieux et étranger. A travers la conversion des regards, elle tente d’impliquer les spectateurs à prendre en charge des questions qui l’animent : nos milieux, la vie, l’espace et le temps, la répétition ou encore la possibilité d’évoluer, de se métamorphoser.

Elle fait la part belle aux invisibles, aux extra-ordinaires, aux vies souterraines, pour habiter poétiquement, éprouver, vivre, faire l’expérience de l’œuvre. Peuplée de graines, de plantes, d’animaux, de couches d’horizon, d’humus, d’insectes, de trous de taupes, de racines, de tentatives de partage, de langage, de science, de littérature, de poésie et de volonté de déplacer les mots, son œuvre prend son temps, s’inscrit dans le temps et bat en brèche l’évidence puissante de notre temps.

Le dessin, l’écriture, le jardinage, la composition typographique, la performance et la photographie sont ses médiums. D’un projet à l’autre, et par contamination, elle recycle et adapte ses dispositifs. Ses œuvres sont en constante évolution, se nourrissant les unes des autres pour créer des atmosphères mi-fictionnelles, mi-réelles annotées d’aphorismes, de citations littéraires et d’informations scientifiques détournées.

Poétiques et politiques, les zones sensibles investies par Lise Duclaux sont des espaces de partage artistique et relationnel, tout autant que des sources de connaissance et d’inspiration, mais aussi et surtout ce sont de prolifiques espaces de résistance.
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Lise Duclaux meddles with our ways of being, seeing and understanding what surrounds us. The choice of the living is her raw material, she cultivates and looks at life in all simplicity and applies herself to seize its poetic and precarious dynamism.

She strives to get closer to everything that has a shape and that roams the surface of the quotidian.

In our gardens, in our representations, there are underground things that escape our gaze. There are in our quotidian, singularities that escape our habitual way of thinking. Because our gaze, being continuously invaded by formatted clichés, ends up no longer seeing anything.

Lise Duclaux disrupts these tenacious colonizers. To re-enchant the world, she equips herself with science and poetry. She confounds the ordinary by making it mysterious and strange once again. Through a conversation of gazes, she attempts to involve spectators into taking responsibility for the questions that animate them: our social environment, life, space and time, repetition or even yet the possibility of evolving or of metamorphosing oneself.

She gives prominence to the invisibles, to the extra-ordinaries and to underground lives in order to inhabit poetically, to experience, to live, to experience the work. Peopled by seeds, plants, animals, layers of horizon, humus, insects, mole holes, roots, attempts at sharing– language, science, literature, poetry and the will to displace words–her work takes its time, has a lasting impact and knocks holes into the powerful evidence of our times.

Drawing, writing, gardening, typographic composition, performance and photography are her media. From one project to the next, and by contamination, she recycles and adapts her devices. Her works are constantly evolving; feeding off each other to create semi-fictional, semi-real atmospheres annotated with aphorisms, literary quotes and distorted scientific information.

Poetic and political, the sensitive zones Lise Duclaux invests are spaces for artistic and relational sharing, as much as they are sources of knowledge and inspiration, but also and above all, they are prolific spaces for resistance.