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c’est au plus près de la mer, qu’on trouve les plus gros vers – promenade sans bouger, performance

Monday, July 8th, 2013

la station de tourisme expérimental, Fructôse
Port 2456, Quai Freycinet 4, Bout Môle 1, 59140 Dunkerque – France
samedi 15/16 juin 2013

A force de fréquenter ce qui est susceptible de pousser, Lise Duclaux en est venue à s’intéresser à ce qui se trouve sous nos pieds : aux racines des végétaux, mais aussi aux animaux qui peuplent ces espaces imperceptibles. Invitée par Fructôse en résidence à Dunkerque, Lise Duclaux s’est penchée sur les vers de sable, qui se révèlent à notre regard uniquement par la matière qu’ils excavent et déposent en surface de la terre. Les vers de sable sont parfois l’objet d’une filature et d’une traque par les hommes. Lise Duclaux a entrepris de comprendre et de restituer la vie de ces vers vue du dessus, en s’appuyant sur les données scientifiques et biologiques, mais aussi sur l’expérience d’un certain nombre de pêcheurs : en se rendant sur la plage à marée basse, Lise Duclaux a fait, par l’intermédiaire de ce monde souterrain, de curieuses rencontres terrestres.

Lise Duclaux a consigné dans ses carnets des bribes de conversation récoltées au gré de ses rencontres, mêlant morale populaire et paroles plus intimes, des données scientifiques, mais aussi des références et citations philosophiques ou littéraires, ou encore des slogans politiques. Cet ensemble donne naissance à un « carnet de performance », un collage de textes manuscrits ou imprimés qui sont ensuite agencés dans la matière même du carnet par le biais de ratures, additions de couleurs, effacements ou ajouts de texte.

Lise Duclaux a également porté son attention sur la dimension chorégraphique des déplacements de ces vers, et, en contrepoint, sur la déambulation et la gestuelle qu’ils occasionnent chez ceux d’entre nous qui les étudient, les suivent ou les traquent à ciel ouvert.

Cet ensemble graphique, textuel et gestuel devient alors la matière première d’une conférence-performance. Assise à une table, Lise Duclaux s’entoure d’une sélection de sérigraphies réalisées par ses soins, ainsi que d’une projection video. Elle invite le public à une « promenade sans bouger », qui consiste en une lecture performée de ses carnets, modulant et rythmant les divers registres d’expression qui s’y trouvent (données brutes, poésie, anecdotes, dictons et aphorismes…) par la parole, par le chant et par le geste. Aux gestes précis des piqueurs de vers sondant la plage répondent les convulsions de leur butin, aux affirmations et hypothèses des biologistes répondent les preuves et les suppositions des hommes de terrain. Se dévoile alors une cartographie inaccessible, cachée, dont les résidus se révèlent en surface, tel un marché noir à ciel ouvert.

Chacune de ces conférences-performances est envisagée par l’artiste comme un “work in progress”, voué à évoluer et à se transformer au fil du temps et au gré de ses diverses occurrences, en fonction du contexte de monstration et des rencontres qu’ils occasionnent.

Florence Cheval

Européens relativement fragiles de 40 centimètres de long, noir rougeâtre, aux corps mous et gluants, renflés et très déformables puis étroits, symétriques, approximativement cylindriques, constitués d’anneaux identiques, sans yeux ni tête distincte, de sexe indiscernable, qui vivent dans les fonds sableux au rythme des oscillations de la mer, têtes en bas à la verticale, à 70 centimètres de profondeur, dans des galeries qu’ils ont tapissées d’un mucus et qu’ils ont eux-mêmes creusées avec leurs bouches situées à l’extrémité d’une trompe molle rétractable, garnie de petits tubercules et dépourvue de dents, qui brillent légèrement dans le noir, qui s’accrochent, avancent et reculent avec leurs poils durs et épais appelés soies va-t’en savoir pourquoi, qui absorbent leurs chemins et mangent des êtres minuscules se déplaçant entre les grains de sable sans les remuer, qui respirent par l’arrière en pompant l’eau avec leurs anus pour en extraire l’oxygène, qui modifient considérablement leurs alentours et permettent l’accueil d’autres êtres vivants, qui communiquent avec leurs voisins et voisines grâce à une substance chimique soluble dans l’eau, qui ont une hémoglobine extracellulaire orangée fluorescente vertigineusement efficace susceptible d’être utilisée comme substitut au sang des humains, qui déversent sur les plages par leurs anus terminaux des excréments inodores, composés de sable pur, en forme de tortillons spiralés quasi-parfaits en général, qui sont régulièrement stressés, qui succombent aux marées basses après avoir été pompés puis saignés, qui sont recherchés avec avidité et font l’objet d’un commerce florissant sans en toucher aucune contrepartie.

promenade sans bouger-performance 35 min
Fructôse, Dunkerque, 15 juin 2013

performance – extraits vidéo

performance – extraits vidéo – final, chanson des gros vers

vidéo accompagnant la performance – film muet – extraits

édition, sérigraphie, 594 x 420 mm, 350 ex

sérigraphie, 594 x 420 mm, 350 ex

c’est au plus près de la mer qu’on trouve lesplus gros vers performance notebook, 2013
avec fautes d’orthographe originales et véritables de l’artiste


c’est au plus près de la mer qu’on trouve les plus gros vers, edition

Monday, July 8th, 2013

sérigraphie, 594 x 420 mm, 350 ex